Témoignages : « libéré, délivré, enfin la double SIM » sur iPhone avec l’eSIM

Depuis le mois dernier, Orange et Sosh sont enfin compatibles avec l’eSIM des iPhone XS et XR, ouvrant ainsi la voie à l’utilisation simultanée d’une deuxième SIM dans ces modèles. Qu’est-ce que ça change ? C’était la question de notre appel à témoins auquel vous avez été une quarantaine à répondre.

Avoir deux SIM en même temps dans le même téléphone, c’est aussi récent sur iPhone qu’ancien sur Android. L’Ornithorynque a d’ailleurs quitté l’iPhone il y a plusieurs années de cela pour le « confort » apporté par la double SIM sur Android (double SIM avec deux cartes traditionnelles sur Android, au contraire de l’iPhone qui exploite une eSIM).

« Libéré, délivré, enfin la double SIM. Enfin, après 12 ans, je vais pouvoir arrêter de constamment avoir deux téléphones avec moi », célèbre etienner76 qui, comme d’autres, est resté accroché à l’iPhone malgré son besoin impératif de double ligne. Avoir un seul téléphone au lieu de deux lui a d’ailleurs demandé de changer une habitude bien ancrée, celle de prendre des notes sur un téléphone en ayant l’autre à l’oreille : « Solution : AirPods. Bravo Apple pour cette magnifique invention »

Perso + pro

Plusieurs usages de la double SIM ressortent des témoignages. Le premier, tout sauf surprenant, c’est la possibilité d’avoir sa ligne personnelle et sa ligne professionnelle dans un seul téléphone. Jeremy352 et titeuf86, qui exercent tous deux une profession libérale, attendaient cela avec impatience.

« Je suis kinésithérapeute libéral et je rechigne depuis de nombreuses années à donner mon numéro de portable aux patients (ils ont le numéro du cabinet). Du coup, j’ai activé l’eSIM Sosh de mon iPhone XR et je viens de commander une SIM Free avec un forfait à 2 €/mois pour communiquer avec mes patients » indique Jeremy352. « En dehors des horaires suffit de désactiver la ligne pro et impeccable », abonde titeuf86.

Murtax, qui va aussi se servir de la double SIM pour son travail, voit quant à lui la couverture réseau supplémentaire que cela va lui offrir :

Mon travail m’oblige à être joignable en permanence et habitant en Corse, certains endroits sont mal desservis. J’ai commandé une SIM SFR pour un second forfait, celui-ci servira uniquement de transfert d’appel lorsque je n’ai plus de réseau sur Orange. Et inversement.

Rappelons à ce sujet que l’iPhone ne peut se connecter qu’à un seul réseau de données à la fois. On ne peut pas « additionner » simultanément le réseau 4G d’Orange et celui de SFR, par exemple.

Les frontaliers

La double SIM se montre également utile pour les frontaliers qui ont des abonnements dans deux pays différents. Avant de tirer parti de l’eSIM, LeoCristal avait mis en place une bidouille pour n’avoir qu’un iPhone :

Étant frontalier luxembourgeois, j’ai ma SIM principale française et une seconde luxembourgeoise. Avant l’eSIM, en plus de mon iPhone XS je laissais branché un vieil Android constamment allumé avec une application qui me transférait les SMS et les appels. Mais bon, y’avait toujours un décalage, puis impossible d’appeler via le numéro luxembourgeois.

La prise en charge de l’eSIM par Orange a tout simplifié : il a basculé son forfait Sosh sur la puce intégrée et mis sa carte nano-SIM POST dans son iPhone. Il livre à ce sujet une petite astuce : « N’aimant pas les lettres P (POST) et S (Sosh) qui pouvaient porter à confusion avec principal et secondaire, j’ai finalement opté pour des émojis drapeaux représentant les pays selon la ligne. »

JonasL profite quant à lui de la double SIM depuis novembre dernier, car son opérateur suisse a sauté le pas avant Orange :

J’utilise mon forfait Sunrise (eSIM, 45 CHF par mois, appels illimités en Suisse, 2 Go) uniquement pour les appels en Suisse (usage principalement professionnel, donc remboursé par le boulot) et mon forfait Orange (SIM classique, 100 Go, illimité en Europe y compris Suisse) pour les données et les appels en France (j’y suis régulièrement) et dans d’autres pays (usage principalement privé). Très pratique, on a l’impression d’avoir tout un standard téléphonique en poche.

pyby85, qui a une configuration similaire, souligne un autre avantage :

En Suisse, si la SIM Sosh n’arrive pas bien à accrocher un réseau suisse (ça arrive), ou en étant trop près de la frontière, elle reste sur “Orange F Edge”. En deux clics dans l’application “Réglages”, on passe la data sur la eSIM suisse qui, elle, est déjà en 3G ou 4G. Pour acheter en quelques secondes un billet quand le train arrive, c’est beaucoup plus rapide que d’aller scanner les réseaux pour ensuite forcer sur un réseau suisse !

Les voyageurs

Au-delà des frontaliers, les voyageurs trouvent eux aussi un intérêt dans la double SIM. En plus de son eSIM Sosh, Gaetanmac a une nano-SIM Free Mobile qu’il utilise lorsqu’il se déplace hors d’Europe. Free est en effet largement au-dessus de la concurrence avec 25 Go/mois inclus dans plus de 65 destinations (Amérique du Nord, Brésil, Tunisie, Chine, Australie, Inde…). Cela lui évite d’acheter une SIM locale à chaque fois.

Autre solution, opter pour un forfait international accessible directement depuis l’eSIM. C’est ce que font kpouer et Caliao, qui est canadien :

Ma ligne TELUS est avec une SIM physique. J’utilise l’eSIM de mon iPhone lorsque je souhaite avoir un forfait de données à l’étranger. Je jongle entre GigSky, Ubigi et Truphone. Les forfaits ne sont vraiment pas dispendieux, à peine 30 $ CAD [20 €, ndr] pour 5 Go de données pour une durée de 30 jours, dépendant des promotions !

La double SIM permet donc d’être toujours joignable sur son numéro français à l’étranger tout en utilisant un forfait local, mais attention aux frais très élevés de réception et d’émission des appels. Par exemple, recevoir en Chine un appel sur sa ligne Sosh coûte 1,40 €/min (fiche tarifaire). Mieux vaut faire comme Caliao : « Je désactive ma ligne TELUS lorsque je suis à l’étranger, les frais d’opérateur canadien lorsqu’on utilise à l’extérieur du Canada/États-Unis peuvent atteindre 12 $/jour. »

Les défauts

Bien que la capacité double SIM simplifie d’ores et déjà la vie de possesseurs d’iPhone, elle reste encore largement perfectible. Plusieurs utilisateurs se plaignent de ne pas pouvoir utiliser WhatsApp avec leurs deux numéros, il faut toujours s’en tenir à un seul. Un problème qui n’en est peut-être pas un pour la plupart des utilisateurs concernés, puisqu’il y a la seconde app WhatsApp Business pour utiliser la messagerie avec un second numéro sur le même téléphone, note philolilo.

Fredsp68 signale que définir la ligne à attribuer à chaque contact prend du temps. En fait, l’iPhone utilise le même numéro que vous avez utilisé la dernière fois que vous avez appelé ce contact. Si vous n’avez pas encore appelé ce contact, c’est le numéro par défaut qui est utilisé. À ce sujet, Fredsp68 trouve dommage que l’appel d’un numéro par un lien cliquable passe automatiquement par la ligne par défaut, sans demander celle à utiliser.

Toujours dans la gestion des lignes, titeuf86 et Ephaistos78 regrettent le manque de personnalisation, comme la possibilité de filtrer les appels/SMS uniquement perso ou pro et la sélection d’une sonnerie personnalisée pour chaque ligne.

De la SIM grand format à l’eSIM. Image Deutsche Telekom.

MystR, lui, aimerait pouvoir mettre une seule ligne en mode avion, ce qui n’est pas possible. À défaut, il faut la désactiver dans les réglages — mais pas supprimer l’eSIM correspondante, attention.

Tout cela devrait s’améliorer au fil des mises à jour. iOS 13 répond d’ailleurs à une demande des utilisateurs, comme le remarque LeoCristal : il devient possible d’utiliser iMessage et FaceTime avec les deux lignes, et non plus seulement la principale.

Enfin, le choix d’Apple d’une eSIM plutôt qu’une carte SIM traditionnelle (sauf en Chine) comme seconde SIM présente aussi quelques inconvénients à l’heure actuelle.

« Je vis en Allemagne, et j’utilise une eSIM depuis janvier avec mon opérateur (Blau, lié à Telefonica). Le système fonctionne bien, jusqu’au jour où – caprice du téléphone – écran noir, impossible de rallumer. Bref, le moment où on aimerait bien mettre sa puce SIM dans un autre téléphone pour prévenir ses proches. Sauf que voilà : plus de puce ! », raconte alouette22. « Par chance, le téléphone a cessé de bouder le lendemain matin. Mais j’aurais pu rester longtemps sans être joignable sinon. »

Lebnet met quant à lui en lumière l’adoption encore très partielle de l’eSIM à travers le monde :

Les pays proposant l’eSIM sont encore trop peu présents ou déjà inclus dans mon forfait Orange (USA par exemple). J’achète souvent la carte SIM locale en avance via eBay afin d’arriver sur place et d’être directement opérationnel.
À Dubaï, lors de mon précédent voyage, un opérateur proposait l’eSIM mais de manière tout aussi compliquée qu’une SIM physique : passage obligatoire en boutique avec passeport + 13€ de coût de la carte SIM.

Ce n’est qu’une question de temps avant que l’eSIM — et par extension la double SIM sur iPhone — ne soit aussi évidente que le petit bout de plastique qu’on glisse depuis des années dans nos téléphones. « Dans deux à quatre ans, les premiers smartphones dotés uniquement d’eSIM devraient apparaître sur le marché. À échéance 2030, tous les smartphones seront équipés d’eSIM », estime Orange.

Lien vers l’article d’origine :

Source